Le premier site web d'information et d'auto-formation citoyen en Europe, entièrement consacré à l'apprentissage des préjugés et à la Lutte contre les Discriminations.

Accueil du site > Les papiers > Quotas et cons descendance !

Quotas et cons descendance !

jeudi 14 janvier 2010

Il n’y aura jamais d’égalité tant qu’on se sent inférieur ou supérieur à autrui. Entre égaux il ne saurait y avoir de condescendance.(Gandhi)

On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. (Georges Bernanos).

Le Gouvernement vient de proposer l’application de quotas, sur la représentation d’élèves boursiers, dans les grandes écoles. On nous présente cela comme une évolution très audacieuse. Pensez donc, 1/3 des effectifs serait désormais constitué de pauvres et de prolos. Et le monde de s’extasier ! Mélanger l’élite prolétarienne avec l’élite bourgeoise ! Certains doutent que cela soit possible et prédisent des conséquences funestes. Georges ELGOZY disait que l’égalitarisme est un rêve de pauvre, et un cauchemar de riche*. D’autres remercient déjà, de tant de sollicitude et d’attentions.

Philippe MURRAY, de là-haut, doit se régaler de voir les médias, en porte-étendard, vocaliser pour la postérité, sur la nouvelle révolution en marche. Il doit se bidonner au spectacle des politiques qui vocifèrent en meutes, dans un galimatias d’arguments et d’arguties. Il doit se « taper le cul par terre » en voyant les banlieues et les quartiers retenir leur souffle, n’osant espérer une part du gâteau, eux, qui ne sont habitués qu’aux miettes. C’est un régal de voir, à longueur de déclarations, de discours et d’interviews, s’enchaîner les préjugés et les « a priori » de classe. Des gens, souvent sympas et même intelligents parfois, qui sont dans l’inconscience totale de leurs préjugés sur les écrans plats et les ondes radios. La première réaction intéressante à ce niveau, a été celle de Christian MARGARIA, Président de la conférence des grandes écoles qui, sans surprise, a prophétisé une inévitable baisse de niveau. Si l’on écoute bien les arguments avancés, l’on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’une attitude de supériorité méprisante de quelqu’un, qui, tout en accordant une faveur, fait sentir qu’il pourrait la refuser. L’on se croirait revenu au 2 mai 1789, le jour de l’ouverture des états généraux, où l’on s’interrogeait sur un vote par ordre, qui donnait la majorité aux ordres dominants ou par tête, qui ramenait le tiers-état à égalité.

C’est bien de condescendance dont il s’agit, inconsciente et peut-être, involontaire, mais reposant néanmoins sur des préjugés insupportables. N’a-t-on pas entendu, vendredi soir sur une chaîne du câble, un éminent professeur, digne représentant d’une longue et ancienne dynastie politique, affirmer que les boursiers étaient issus de familles défavorisés ? Non Docteur, les parents de boursiers ne sont pas tous des pauvres et des indigents. Il y en a même qui travaillent, qui payent leurs impôts et leur loyer et qui, avec dignité et courage, se battent pour donner à leurs enfants, un avenir digne de ce nom. Ce ne sont pas des familles défavorisées, ce sont des familles modestes.

Et que penser d’un quota de 30 % ? Cela veut dire que, dans les écoles, il y aura 2 bourgeois pour un prolo. Je souhaite à ce dernier, beaucoup de courage et de caractère, car il en faut pour faire face au mépris. Alors soyons sérieux, si quota il doit y avoir, et j’y suis plutôt favorable, en souvenir de mes parents, ce quota doit renouer avec l’équité républicaine et ne peut être inférieur à 50 %. Egalité et équité sont des mots indissociablement liés dans l’inconscient républicain. Et cet idéal me dit que les quotas que l’on veut appliquer sont d’un autre temps. De l’époque où les anciens maîtres avaient la majorité des voix, sans avoir celle du nombre. Moitié/moitié, c’est la seule réalité qui permettrait de renouer avec une véritable mixité sociale. C’est le seul argument qui serait capable de mettre fin à la défiance réciproque. C’est aussi, un excellent moyen de redistribuer les cartes.

Le Discriminologue.

*Extrait de L’Esprit des mots ou l’anti-dictionnaire.

4 Messages de forum

  • Quotas et cons descendance ! 14 janvier 2010 12:36, par Sébastien.M

    Je suis partagé

    Des débats sur les 30% de boursiers dans les écoles d’excellence, j’ai retenu différents avis qui font maintenant partis de mes vérités temporaires.

    Je suis d’accord sur le fait oublié qu’un boursier n’est pas forcément un pauvre. D’un trajet de 250 Km à faire pour se rendre dans l’établissement ou d’avoir des parents avec le statut d’expatrié suffisent à être boursier tout en étant d’une classe sociale élevée.
    Toutefois, je ne connais pas la représentativité de ces 2 exemples chez les boursiers.

    Je suis interrogatif sur le fait de modifier l’accès à ces écoles.
    Bien que le concours montre ses limites avec les divergences des correcteurs (Une étude sur le baccalauréat avait démontré qu’une même copie pouvait avoir un écart de 9 points et des commentaires contradictoires indépendamment de l’académie concernée), comme la démocratie est le meilleur des pires systèmes comme dirait on sait qui, le concours me semble être le plus égalitaire.
    Ce mode de recrutement qui existe depuis... permettait dans les années 60 d’avoir plus de 20% de jeunes issus de milieux défavorisés et à peine 9% aujourd’hui d’après les différentes études sociologiques.
    De facto, il me semble plus pertinent de travailler à une égalité des chances en amont, même si les chiffres d’aujourd’hui montrent une cerise gâtée sur le gâteau. La réalité est devenue démoralisante pour ceux qui malgré un handicap social lourd ont montré toute la panoplie de leur talent et le courage qu’ils ont du mettre en œuvre pour réussir.

    Des initiatives issues des grandes écoles comme une année supplémentaire pour mettre à niveau la culture classique et générale afin que l’intelligence soit encore mieux au service de l’excellence me parait être une solution à développer. Toutefois que répondre aux jeunes génies des 2400 établissements scolaires qui n’ont aucun partenariat avec une des grandes écoles ?

    Je n’ai pas compris la fin de votre commentaire par manque de culture avec votre proposition de 50% au lieu de 30%.

    Merci pour cet article.

    Signaler un abus | Réagir à ce message

    • Quotas et cons descendance ! 21 janvier 2010 14:00, par Le discriminologue

      Bonjour et merci de votre contribution,

      Nous partageons votre circonspection sur le principe même de l’application de quotas, dans quelque domaine que ce soit. Seulement, nous devons prendre conscience que la situation est une situation d’urgence et que le type de débat qui est en train d’être discuté, fait naitre dans la jeunesse de ce pays, un sentiment certain d’espoir vis à vis duquel il serait désastreux de ne pas répondre.

      Nous arrivons à une double conclusion : Premièrement, que l’application de quotas n’est acceptable que s’il est clairement défini dans le temps avec une date identifiable de fin. En effet, le quota comme système permanent, produit des résultats qui sont contraires au principe d’égalité. Si l’on se fixe une date butoir, cela oblige à tout mettre en œuvre pour qu’à cette date, l’accompagnement nécessaire soit opérationnel.

      Deuxièmement, si l’on part de ce principe d’application temporaire, cela implique qu’en parallèle et de manière simultanée, l’on agisse en amont pour définir des actions de rattrapage et de mise à niveau qui pourront permettre aux jeunes boursiers, d’une part de ne pas se sentir humiliés, et d’autre part, d’intégrer les grandes écoles en jouant à jeu égal avec les autres élèves. C’est aussi indispensable pour maintenir le niveau des grandes écoles.

      En ce qui concerne les 50% que nous proposons, nous devons confesser qu’il s’agit d’une provocation destinée à faire réagir sur la façon dont ce débat est mené...

      Signaler un abus | Réagir à ce message

      • Quotas et cons descendance ! 25 janvier 2010 17:57, par Léo Lagrange

        Ce n’est effectivement pas un problème de chiffres (50% , 30 ou 5, cette surenchère populiste n’a pas beaucoup d’arguments qui la justifie) mais un problème de méthodes. Je m’explique :

        Les grandes écoles forment l’élite de la nation. Ou, tout du moins, c’est comme ça qu’elles sont perçues. Alors si c’est le cas pourquoi ne pas décider que 5% (chiffre donné à titre d’exemple) des meilleurs bacheliers de TOUS les lycées se voit offrir une place en grande école, avec Bourses si les revenus des parents (ou l’éloignement) peuvent l’en empêcher. Nous retournerions alors à une sélection (et non pas une discrimination positive ou négative) de meilleurs éléments de chaque territoire, quelque soit les difficultés de celui ci, prouvant (grand principe de l’égalité républicaine) que le mérite et le travail peuvent permettre de s’en sortir quelque soit le contexte dans lequel on vit et la culture de ses parents...

        Quel meilleur signe à envoyer à des jeunes qui, je vous le concède, ont besoin d’espoir dans un contexte socio économique de plus en plus violent. ?

        Bien évidemment, il y aura des différences de niveaux (mais cela pourrait servir de diagnostic pour la fameuse éducation nationale garante de l’égalité dans l’accès au savoir) et donc, de fait, besoin d’accompagnement. Mais avec des jeunes qui ont réussi dans un contexte difficile, je serai confiant dans leurs réussite dans un contexte facilitateur...

        Merci de ce blog que je découvre, et qui me conforte dans mon combat pour l’éducation contre les préjugés.

        bien cordialement,

        Signaler un abus | Réagir à ce message

Réagir à cet article


Nuage de mots clés


Twitter

Chargement des tweets Chargement...

Suivez nous sur Twitter

Recommandations

  • Logo de l'association AFIC-INFO
  • Logo du conseil générale d'Île de France