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Accueil du site > Les papiers > Qu’est-ce que la laïcité de reconnaissance ?

Ce qu’on appelle la laïcité dite « de reconnaissance et de dialogue » est une conception européenne de la laïcité qui diffère fondamentalement de la conception française issue de la loi du 9 décembre 1905. Les chantres de la laïcité de reconnaissance cherchent à faire évoluer ce précieux acquis vers un compromis qui repenserait et réaménagerait les relations entre les Églises et l’État, en rendant sa place au monde religieux dans la sphère publique et en lui octroyant un droit de citer dans le débat politique. Au nom d’un désir de l’aménagement du « vivre ensemble » de façon apaisée, les défenseurs de la laïcité de reconnaissance en appellent au bon sens des citoyens et du pouvoir politique, à reconnaitre l’importance et les divers apports bénéfiques des religions en terme de lien social, d’éthique, d’identité culturelle et de transmission de valeurs – communes avec le politique – que sont l’humanisme, la solidarité, l’universalisme, et la démocratie.

Les défenseurs de cette forme de laïcité s’accordent tous à rappeler que la séparation entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel est un progrès inestimable, pour les libertés des citoyens et qu’il n’est pas question d’y toucher. Seulement leur souhait, le plus cher, semble être de pouvoir briser cette séparation, apparemment trop radicale, pour redonner une marge de manœuvre, qu’ils jugent légitime, au religieux. Nous sommes en droit de nous poser cette question : la laïcité de reconnaissance (du religieux) doit-elle être perçue comme un progrès ou comme une régression ?

La laïcité de reconnaissance, une notion européenne.

Historiquement l’Europe est un continent qui a toujours questionné la légitimité du rapport entre pouvoir temporel (politique) et pouvoir spirituel (religieux). A tel point, que de nombreux siècles de guerres et de réflexions philosophiques ont progressivement amenés les hommes à promulguer la laïcité comme valeur commune de tolérance religieuse et de séparation entre les Églises et l’Etat. La laïcité est donc une notion qui va bien au-delà des frontières françaises, seulement elle diffère dans son modèle, ainsi que dans son application, selon les pays.

La France fait figure d’exception en la matière, puisque la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État propose une vision assez différente de l’approche majoritaire, qu’on retrouve dans beaucoup de pays européens. La République française tolère les religions, elle les accepte, mais préfère les laisser libres de s’organiser et de s’exercer dans la sphère privée. La loi de 1905 a donc été, avant tout, une loi de séparation qui permettait de libérer d’une part la sphère publique de l’influence religieuse et d’autre part, rendait libre la pratique de tous les cultes dans l’espace privé qui leur est alloué. Cette loi de séparation est le fruit d’une Histoire française particulièrement mouvementée et profondément marquée par de nombreux conflits inter-religieux. La loi de 1905 garantit une certaine forme d’harmonie et d’équilibre dans la Société, grâce à un pouvoir politique laïc et donc neutre.

A l’inverse, la laïcité de reconnaissance n’est pas aussi catégorique dans l’application du cadre de la séparation. Elle tente, au contraire, d’opérer un rapprochement entre religieux et séculier sous la forme d’un dialogue désormais inévitable, du fait du poids des communautés religieuses dans la Société. L’argument principal de cette vision de la laïcité est de chercher à reconnaître l’existence et l’intérêt de la diversité des communautés religieuses dans un monde de plus en plus globalisé. L’objet étant de chercher à évacuer des tensions entre communautés religieuses et États.

C’est une vision communautariste de la Société, en parfait désaccord avec la notion française de laïcité qui suit le prolongement logique de notre pacte républicain,fondamentalement anti-communautariste. La laïcité de reconnaissance est une forme d’aménagement du dialogue entre religions et pouvoir politique. Elle défend donc, un retour du religieux dans l’espace public. Pour prendre un exemple concret en France, lorsqu’il y a un débat en rapport avec la politique, jamais on ne demande leur avis aux différentes religions. Lors des précédents référendums, l’avis des Églises n’a jamais été sollicité. Le référendum est un questionnement proposé aux citoyens individuellement, qu’ils soient plombiers ou curés, ils ne votent pas en fonction d’une appartenance à une communauté. Et c’est justement ce principe que la laïcité de reconnaissance veut changer. L’utilisation des termes « reconnaissance et dialogue » apposés aux côtés du terme laïcité, témoigne du désir d’impliquer à nouveau les religions dans le débat public.

Le Conseil de l’Europe a lancé ce chantier lors d’une mission d’expertise sur les dimensions religieuses du dialogue interculturel et sur les relations entre institutions européennes et communautés religieuses. (2008). S’appuyant sur le premier constat, que bon nombres de pays européens appliquent déjà, la laïcité de reconnaissance en intégrant les religions à des missions de services publics, ils proposent d’étendre cette notion de laïcité, par voix législative, à toute l’Europe.

Le Conseil de l’Europe voit dans les religions un apport tout à fait incontestable à la cohésion sociale et au dialogue interculturel, il discerne un socle commun d’idéaux partagés entre religions et Etats démocratiques européens : droits de l’Homme, solidarité, universalisme, éthique etc. Le Conseil de l’Europe s’appuie donc sur les valeurs humanistes que portent les religions pour proposer leur retour, légitime, dans la sphère publique.

Tableau comparatif entre laïcité française et laïcité de reconnaissance

 

Domaines Laïcité Française Laïcité de reconnaissance
Financement
des cultes
Les cultes sont financés
par les pratiquants et uniquement sur des fonds privés
Les cultes sont financés
à partir de l’impôt prélevé à la source.
Même si vous n’êtes pas croyant, vous participez au financement.
Enseignement
des religions
Uniquement dans les lieux
de culte et en dehors des heures réservées
à la scolarité. L’école laïque a ainsi donné
un jour par semaine pour permettre aux
petits croyants d’apprendre leur religion.
L’enseignement des religions
est fait à l’école par des enseignants
spécialisés et sur les heures réservées à la scolarité.
Ils sont fonctionnaires de l’état.
Les services
publics
Obligation de neutralité des agents des services publics.
Les usagers ne sont pas concernés par cette obligation.
Dans les universités, l’on peut voir
des professeurs soumis à l’obligation face à des élèves
qui n’y sont pas soumis !
Pas d’obligation de neutralité ni pour les fonctionnaires
ni pour les usagers.
Les entreprises Avant la loi de 2004 sur les signes religieux ostensibles,
la coutume et les usages bannissaient toutes
les références religieuses. Mais depuis 2004,
parce que les entreprises n’ont pas été nommées dans la loi,
elles ont de fait, perdu leur statut de lieu neutre.
Les religions ont le droit de s’exprimer et de revendiquer
des droits spécifiques. Les entreprises se trouvent dans l’obligation
de respecter l’équité entre les différentes religions.
L’espace public La tradition et les coutumes, faisaient de l’espace
public un espace neutre. Après Vatican II,
les religieux catholique, ont même abandonné la soutane.
Les religions prennent part au débat public.
Il y a dialogue entre les autorités publiques et les communautés
religieuses en intégrant les représentants des religions
dans la sphère publique et la délibération collective.
Les lieux de culte sont construits et entretenus par l’état.
Rapport entre
l’état et les religions
L’état connait mais ne reconnait pas les religions.
La République assure la liberté de conscience.
Elle garantit le libre exercice des cultes.
« La République ne reconnaît, ne salarie ni
ne subventionne aucun culte »
Les religions prennent part au débat public.
Il y a dialogue entre les autorités publiques et les
communautés religieuses en intégrant les représentants
des religions dans la sphère publique et la délibération collective.
Les lieux de culte sont construits et entretenus par l’état.

 

 

Le Discriminologue


Pour en savoir plus sur la laïcité de reconnaissance lisez aussi notre article sur la laïcité raisonnée soutenu par le parti Europe Ecologie Les Verts.

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