Lors des épreuves du bac 2010, 10 jeunes filles ont demandé à passer leur examen voilées. L’occasion de revenir sur la circulaire du 27 mai 2004.
L’épisode se passe au lycée Gutenberg de Créteil lors du passage des épreuves du bac technologique des séries « sciences sanitaires et sociales ». 10 jeunes filles se présentent aux épreuves voilées. 3 d’entre elles portent le niqab et des gants, les 7 autres se contentent d’un foulard. Toutes, cependant, ont pris soin de laisser apparaitre leur visage. Les jeunes personnes exigent, documents à l’appui, de passer les épreuves voilées, mais exigent également une salle séparée des hommes. Durant 3 jours, il en sera ainsi car visiblement, le proviseur ne savait pas lire.
En effet, le fond de la demande reposait sur le texte de la loi de mars 2004, relative aux signes religieux à l’école. En fait, non pas sur le texte de loi lui-même, mais sur une partie de la circulaire d’application datant du 27 mai 2004...
La circulaire contredit le principe d’égalité contenu dans la loi
Cette circulaire signée d’un certain François Fillon, alors ministre de l’Education Nationale précise : « La loi (…) ne s’applique pas aux candidats qui viennent passer les épreuves d’un examen ou d’un concours dans les locaux d’un établissement public d’enseignement et qui ne deviennent pas de ce seul fait des élèves de l’enseignement public. Ceux-ci doivent toutefois se soumettre aux règles d’organisation de l’examen qui visent notamment à garantir le respect de l’ordre et de la sécurité, à permettre la vérification de l’identité des candidats ou à prévenir les risques de fraudes ».
Cela veut dire qu’un ou une candidat(e) venant dans un établissement public, passer un examen ou un concours en candidat(e) libre n’est pas soumis(e) aux restrictions vestimentaires de la loi de 2004. Plus fort encore, un ou une candidat(e) venant passer son examen, n’est pas non plus soumis(e) à la loi si il ou elle n’était pas inscrit(e) dans un établissement public pendant l’année.
Nous restons sans voix devant une telle pirouette qui nous semble remettre en cause le principe d’égalité énoncé dans la loi de 2004. Et nous nous interrogeons. Pour quelles raisons a-t-on rajouté ces exceptions à la circulaire ? Monsieur Fillon a-t-il baissé son pantalon devant les intégristes ? Était-il conscient de leur ouvrir la porte vers de nouvelles revendications ? Au final, les 10 jeunes filles, étant scolarisées dans un établissement public, ne pouvaient pas prétendre passer leur examen voilées.
Pourquoi faire « simple » quand on peut faire « compliqué » ?
Nous sommes en fait dans le « deux poids, deux mesures », car il est demandé aux proviseurs, par le rectorat, de faire la différence entre le statut de l’élève et celui du candidat.
Pour résumer :
- Une jeune fille inscrite dans un établissement privée qui passe son examen dans un établissement public peut rester voilée.
- Une jeune fille inscrite dans le public qui passe son examen dans un établissement privé, peut rester également voilée.
- Une jeune fille inscrite dans un établissement public qui passe son examen dans un établissement public ne peut pas le passer voilée.
Nous pensions que le principe de la loi était égal pour tous, voici au moins un exemple où il n’en est rien. Les lobbys intégristes l’on bien comprit, c’est en obtenant, chaque fois que possible des exceptions dans l’application des lois qu’ils nous feront passer de l’intérêt général à l’intérêt particulier.
Le Discriminologue
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