
Il y a une énorme différence entre « la lutte contre les discriminations » et « la promotion de la diversité ». L’on essaie de nous faire croire qu’il s’agirait de la même chose et il est vrai qu’en apparence ces deux concepts semblent tellement liés qu’il est difficile de les différencier. Les médias, le personnel politique et les experts de tous poils ne ménagent pas leur énergie pour nous vendre la diversité comme le nouveau Graal de la pensée égalitaire. La diversité serait notre planche de salut face aux défis multiples de la mondialisation, de la crise et de la montée des inégalités. Afin de mieux nous en persuader, le gouvernement a nommé un commissaire à la diversité [1] qui nous explique que nous n’avons pas le choix, que c’est inéluctable, qu’il faut nous faire une raison, que si nous ne le comprenons pas c’est que nous sommes toujours dans une logique colonialiste, que nous sommes fondamentalement racistes et que de toutes façons c’est décidé et ce sera comme ça !
Afin de mieux percevoir les enjeux réels qui sont liés à ce qui nous est présenté comme une « grande avancée sociale », nous vous proposons de nous pencher sur les fondements et les différences qui font de la lutte contre les discriminations et la promotion de la diversité, deux concepts en opposition.
La lutte contre les discriminations ou le principe d’égalité
La lutte contre les discriminations est une base juridique reposant sur des textes de loi qui définissent un nouveau droit qui est le droit à « la non discrimination ». Ce nouveau droit est directement issu du droit européen [2] et est applicable dans l’ensemble des pays de l’Union [3]. L’interdiction des discriminations découle directement du principe fondamental d’égalité. (Article 20 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne). Le droit à l’égalité constitue une norme centrale parmi les droits fondamentaux. Il recouvre l’égalité des personnes entre elles et devant le droit. C’est un « droit à l’égalité des droits ». Les fondements de ce principe juridique garantissent une égalité de traitement devant la loi, qui est l’aboutissement des principes révolutionnaires de 1789 à travers l’article 1er de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».
Lutter contre les discriminations c’est donc lutter pour une société plus juste et plus égalitaire. C’est promouvoir l’égalité des chances dans le respect républicain de méritocratie. C’est garantir à ceux qui en ont les capacités, le courage, l’intelligence, les mêmes possibilités de réussite quel que soit leur milieu social d’origine. La lutte contre les discriminations est également un principe directement issu de la pensée de Platon car c’est donner le pouvoir aux meilleurs, aux plus méritants et non pas à la seule classe sociale des possédants. En grec, le meilleur se dit « ariston » et le pouvoir des meilleurs est l’aristocratie. Dans la république platonicienne, le pouvoir est donné aux hommes les plus sages, les plus savants, les plus méritants, les plus raisonnables et les plus désintéressés. Mais pour que ce système soit possible, il faut une garantie que chacun recevra le même enseignement, ce qui, tout le monde le sait, n’est pas le cas. La médiocrité de l’enseignement délivré à « la France d’en bas », reste le frein principal à une réelle égalité des chances. L’on préfère la perversion de la discrimination positive à une réforme de l’Education digne de ce nom.
C’est dommage, car la lutte contre les discriminations permet de tirer l’ensemble de la société vers le haut en faisant reposer son action sur un principe de rationalité c’est-à-dire un principe de vérité et d’efficacité.
La diversité ou le principe de liberté
Tel n’est pas l’objectif de la promotion de la diversité qui est en totale opposition avec la rationalité. En effet, la diversité ne repose pas sur un principe de droit et elle ne découle pas de l’égalité mais de l’équité. L’équité est un sentiment de ce que serait la justice naturelle sans qu’elle soit forcement inspirée par les lois en vigueur. C’est un sentiment naturel et spontané de ce qu’est le juste et l’injuste. C’est donc une notion personnelle et par la même variable à l’infini. Chaque individu conserve en lui sa propre interprétation de ce qui est équitable et elle repose sur la tension entre sa position sociale et sa relation au monde. C’est pourquoi l’équité est au cœur de la pensée libérale et n’est pas en relation avec la valeur égalité mais avec la valeur liberté. Le but de la diversité n’est pas de réduire les inégalités mais de diversifier l’apparence physique des dirigeants. La diversité n’est pas une valeur mais un procédé pour garantir la pérennité du pouvoir détenu par les classes dominantes. Elle n’est pas là pour supprimer les inégalités mais pour les gérer. Si une partie significative des détenteurs du pouvoir est composée par des noirs, des jaunes, des femmes et/ou des gays cela permet de dire à ceux qui n’ont rien : « si vous aviez voulu, vous auriez pu ! ». C’est définitif et imparable ! Comme le démontre fort bien Walter Benn Michaels [4] , la diversité n’est qu’un écran de fumée qui a pour but de nous faire avaler la potion néolibérale et le cortège d’inégalité qu’elle contient. L’objectif du néolibéralisme, c’est un monde de diversité où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer que personne n’est victime de discrimination, leur affirmer que leurs identités sont respectées. Il ne s’agit pas bien sûr de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n’est pas injuste [5]. Qu’une minorité de riches multi-ethniques puisse participer au contrôle des richesses pourrait nous laisser croire que nous avons vaincu le racisme, le sexisme et les différentes formes de discriminations mais au fond qu’est-ce que cela changerait à une société où la grande pauvreté touche un nombre toujours plus important de citoyens ?
La lutte contre les discriminations déconnectée du principe de méritocratie n’est qu’un leurre de la pensée néolibérale pour affirmer un peu plus sa suprématie et la diversité est l’outil que le capitalisme a forgé pour en assurer l’efficacité.
Une attaque sans précédant de nos valeurs
La lutte contre les discriminations parce qu’elle prend sa source dans notre histoire et dans notre héritage philosophique semble être un puissant levier de transformation de la société par un renouvellement de la nature des détenteurs du pouvoir. Elle contient un principe d’ouverture et de renouveau. C’est aussi un concept révolutionnaire car elle suppose que les élites acceptent de partager leur pouvoir non pas avec les plus possédants, mais avec les plus méritants. Pour ne pas avoir à le faire, ces mêmes élites nous proposent la diversité qui est un principe conservateur, procédant d’une vision consumériste de la société. L’on n’adapte pas le système, on le change sans prendre conscience que l’on abandonne en même temps notre héritage culturel pour faire allégeance à la culture anglo-saxonne. C’en est fini de la communauté de destin, vive les identités choisies ! Fini aussi le bien commun place au multiculturalisme avec son corollaire le « chacun pour soi et Dieu pour tous ».
« Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude ».
Friedrich Hayek
LE DISCRIMINOLOGUE
Ne manquez pas d’aller jeter un oeil à la vidéo du Canap’Orange #8 sur la diversité
Le discriminologue

