Sur le PAF, le Paysage Audiovisuel Français, les ardissonades et les fogielleries ont vampirisé toutes les formes d’expression et d’opinion sur le petit écran. C’est devenu une sorte de barnum qui fonctionne en vase clos, dans son bocal, étranger au monde réel et qui s’auto-alimente de ses propres frasques. Il sert désormais à la promotion commerciale d’une écurie de snipers-vedettes, façon Zeillon et Guimour, les duettistes en chef du moment. Le politique quant à lui court derrière, et parfois avec le pantalon sur les chaussures tant il est obligé de dévoiler son intimité pour avoir le privilège de faire partie du remue-ménage qu’on appelle le « divertissement » traduction littérale du vocable anglo-saxon d’entertainment.
Sur internet c’est une autre mode qui sévit. La somme de tous les buzz, les bruits du web, forme un immense brouhaha planétaire, un charivari assourdissant de boucans qui couvre les bruissements de la vie réelle des humains. C’est une forme de nouvelle pollution auditive, visuelle et cérébrale globalisée.
Mais les buzz servent à tout un chacun, car le buzzeur peut vite devenir buzzeur abusé !! Dialectiquement, le buzz contient son anti-buzz. Prenons l’exemple du dernier beau buzz en date : la mélenchonnerie, une espèce de nouvelle friandise médiatique qui est passée du jour au lendemain du net au paf sans coup férir. L’image de Mélenchon semble être sortie grandie de cet incident. Les hommes qui tiennent tête étant une poignée aujourd’hui. Ainsi le buzz peut se retourner contre ceux qui voulaient nuire. Le dialecticien, pratiquant l’aïkido cérébral possède un certain pouvoir de buzzance qu’il ne faut pas négliger. C’est l’Aïkido du buzz, nouvel art martial sur la toile. A buzzeur, buzzeur et demi ! On peut même se demander parfois si le buzz, n’est pas déclenché par le buzzé lui-même qui ayant besoin de se vendre trouve un buzzeur couillon pour le buzzer. Ce dernier se retrouvant buzzé malgré lui, à l’insu de son plein gré, comme l’arroseur arrosé !
Toutes ces interférences médiatiques conduisent à terme à une perte de la hiérarchie des valeurs, du sens de discernement c’est-à-dire de la capacité de discriminer le vrai du faux, l’utile du futile, le nécessaire de l’insignifiant. Tout ceci induit dans le temps l’impossibilité de transmettre le « common decency » décrit par Georges Orwell, c’est-à-dire ce sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, cette manière bienveillante de se comporter : le bon sens commun propre à tout un chacun. Difficile tâche dans cette configuration hypermoderne que d’éduquer au sens critique et au discernement les jeunes générations…
Esprit critique, liberté de penser par soi-même, capacité de se faire une opinion en évitant les chausses trappes de la « bien pensance » et de la pensée reader’s digest ou low cost … Toutes vertus qu’il est devenu nécessaire de cultiver et de partager si l’on veut résister à l’air du temps, cet air qui devient jour après jour plus irrespirable, mais surtout plus éloigné de cet idéal des Lumières, celui de l’honnête homme. Éduquer à devenir ce Quelqu’un qu’on pourrait appeler comme dans la chanson « Quelqu’un de bien ».
Le discriminologue


