Nous avons tous une notion plus ou moins claire du terme « interculturalité ». C’est un joli mot, un mot qui sonne bien et qui évoque en général des sentiments positifs, et peut-être quelques clichés... On pense « brassage », « mélange », « échange », « fraternité », ou encore « métissage », mais le mot « choc » n’est pas forcément le premier à nous venir en tête. Et pourtant, l’interculturalité, c’est également le choc des préjugés. L’occasion de comprendre à quel point ces derniers peuvent être réducteurs, voire dévastateurs.
En effet, cette confrontation des préjugés avec la réalité, peut donner lieu à un véritable choc culturel. Celui-ci peut d’ailleurs tout aussi bien être positif que négatif. Les yeux qui s’ouvrent grands, en même temps que l’esprit, ou bien qui se détournent, déçus... A quel moment aborde-t-on l’interculturel à partir des choses qui rassemblent, et non qui divisent ?
Notre ami internaute, le « Chevalier Discriminant », nous livre aujourd’hui un témoignage sur son premier choc culturel.
« Mon premier choc culturel, je l’ai connu à l’âge de 10 ans lorsque je vivais en Tunisie. A cet âge-là, on apprend vite une langue étrangère et rapidement avec mes nouveaux camarades de jeu, nous avons commencé à parler tunisien entre nous. Une après-midi, pendant qu’ils me faisaient découvrir la magnifique ville de Sidi bou said et ses volets bleus, à une terrasse de café, tandis que nous discutions, une phrase prononcée par des touristes occidentaux me stoppait net : »T’as vu, ils en ont aussi des blonds chez eux". Du haut de mes 10 ans, je comprenais cette phrase comme si j’étais une chose et non un humain. Cette phrase ambivalente me montrait à quel point j’avais su m’intégrer mais à quel point je pouvais être considéré comme un animal de foire.
Quelques années plus tard, vivant dans le bordelais, ce souvenir remonta à la surface quand les adolescents du collège où j’étudiais s’amusèrent à nommer la surveillante à la peau noire : blanche neige. A l’époque, je ne savais pas que le racisme était transmissible des parents aux enfants, je ne comprenais simplement pas ce qu’ils qualifiaient d’humour. De plus, j’avais le sentiment à Bordeaux de ne pas être en France, je ne croisais que des personnes à la peau blanche et aux cheveux blonds... J’avais une autre idée de la France, plus cosmopolite ou plus internationale, ayant depuis longtemps intégré ses départements d’outre-mer d’où venaient une grande partie de mes amis français. Mais, je n’étais qu’un adolescent qui avait voyagé dans différents pays et qui avait vécu la plus grande partie de sa vie à Paris. Est-ce parce que les voyages de mon enfance m’ont d’abord montré les ressemblances entre enfants de mondes différents que j’envisage la question de l’interculturalité d’abord par ce qui rassemble au lieu de ce qui peut nous séparer ? Je ne saurais toujours pas y répondre et je n’en ai même pas envie.
Aujourd’hui, quelque soit la couleur de peau de mes interlocuteurs ou de leur mode de vie, je sais que peut se cacher chez chacun un raciste ou une personne faite aussi de préjugés sur l’autre comme il m’arrive moi-même d’avoir aussi des préjugés, pour simplifier. Ces fameux jugements de valeurs qui sont faits d’expériences personnelles ou de croyances et qui permettent cette phrase si réductrice : « Ils sont comme ça » sont autant chez l’autre que chez moi. Tout dépend d’où je me place, à quelle hauteur. Parfois, je suis dans le domaine culturel que chacun défend pour aussi promouvoir un mode de vie, parfois, je suis dans le quotidien où j’aimerais comme l’autre être juste moins réducteur et plus intelligent.
Le Chevalier Discriminant".
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Si la question des préjugés vous intéresse n’hésitez pas regarder le Canap’Orange#2 avec Patrick Sharnitzky sur le thème des préjugés.
Le discriminologue

