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Expression, piège à cons.

lundi 29 mars 2010

En ces temps incertains de dépression collective, de blues permanent, de morosité profonde, les français ont perdu une des composantes essentielles de leur identité : ils ont perdu le goût de la joute verbale ! Fini les époques épiques où sur les plateaux de télé, l’on s’invectivait dans une joyeuse gabegie démocratique où chacun faisait étalage de ses convictions profondes. C’était formidable, vendredi soir Apostrophe et samedi Polack. Nous prenions, avant d’aller transpirer dans les boites de nuit Afro-cubaines de la rue de Lappe, notre dose hebdomadaire de liberté d’expression et de démocratie.


Débats télévisuels : ce qui a changé

Mais ces temps bénis sont depuis longtemps révolus. La liberté d’expression n’est plus que le lointain souvenir d’une époque où l’on avait le droit de ne pas être d’accord et le devoir d’en discourir. Les débats donnaient à réfléchir et nous nous sentions plus grands et plus forts de repenser le monde avec désinvolture. Il faut dire que la télévision nous donnait en modèles des élites de la pensée qui nous invitaient à sortir de notre condition de citoyen moyennement intelligent.

Lorsque l’on regarde aujourd’hui les pseudos débats télévisés qui nous sont proposés en boucle, l’on ne peut que se sentir orphelins de l’intelligence. Que penser lorsque, un soir d’élection présidentielle, l’on coupe la parole à un ancien premier ministre pour la donner à… Johnny Hallyday ?

Les temps sont durs où la parole de tout le monde a la même valeur. Le résultat est un galimatias consensuel et abscons dans lequel se vautrent les nouveaux hayatolas de la pensée qui, chaque soir viennent nous expliquer ce qu’il convient de dire ou de ne pas dire. Chacun est sommé de venir prendre sa leçon quotidienne de « bien-pensance » au grand journal de Canal+, chez Ardisson ou avec le grand vizir de la franche rigolade S. Guillon. Le plus grave c’est que l’on ne se contente plus de vous dire ce que vous devez penser, l’on vous désigne maintenant qui vous devez haïr !


La liberté d’expression en chute libre ?

Le nouveau sport à la mode dans le landernau du PAF c’est le « zemouradi ». Ce jeu qui est une variante du « Finkiel-crotte », (auquel il était de bon ton de jouer voici quelques temps), tire son nom du journaliste Eric Zemmour désigné aussi sous le nom d’infâme, d’ignominieux, de scélérat, d’ignoble, de salaud, de malfaisant et/ou de perfide.

Incarnation du mal absolu, le nouvel élu du pilori médiatique est la cible de toutes les attentions. Il est évident que son impertinence n’a pas de limite. Il le sait pourtant que les règles qui régissent désormais la liberté d’expression c’est de penser tous ensemble la même chose. Nous ne pouvons que lui conseiller de prendre des cours auprès de Gérard Miller qui pourra lui expliquer ce qui ne va pas dans sa manière de penser. Si ça ne suffit pas, il sera envoyé en centres de rééducation qui ne sont pas encore créés mais qui ne devraient pas tarder à l’être.

Monsieur Zemmour, votre acharnement à vouloir défendre votre liberté d’expression nous fatigue. Il faut quand même que quelqu’un vous le dise : « taisez-vous ! », vous empêchez tout le monde de dormir… Car c’est ainsi. Il semble désormais plus opportun de faire taire les voix dissonantes et ceux qui les défendent, sous prétexte de conservation de la bienséance (prière d’aborder la mine outrée qui va avec), que de leur opposer un discours argumenté, intelligent, avec peut-être une pointe d’esprit. Le débat, le choc des paroles, la construction de la pensée, ont cédé la place à l’indignation collective qui préfère l’usage du sparadrap pour faire taire les imprudents, à celui de la réponse. Ah, la réponse… C’est que pour en user, il faut réfléchir. Alors on comprend que coller un sparadrap est définitivement plus facile. C’est un peu la mode. Mot d’ordre : sautez sur tout ce qui bouge de travers et laissez le cerveau aux vestiaires ! Décidément, ça se vérifie : les temps sont durs !

Le Discriminologue.


en savoir plus discriminologue Vous souhaitez en savoir plus sur la thématique de la liberté d’expression ? Visionnez l’émission « Le Canap’Orange », avec Michel Grosman (journaliste, réalisateur).


1 Message

  • Expression, piège à cons. 29 mars 16:40, par Chevalier laïc

    Ce n’est pas que je suis un fan du discriminologue mais devant autant de lucidité et prise de recul, je ne peux que féliciter l’auteur de ce billet.
    Je suis parfaitement d’accord peu importe que nous soyons d’accord ou non avec E.Zemour, les réponses de ces contradicteurs sur les plateaux me semblent plus navrantes que certains de ses propos qui m’hérissent le poil mais télévision et intelligence sont-ils compatibles ?

    Quant à l’idée du Zemouradit, quelle idée très pertinente pour doper l’audience ! Un jeu qui me plairait bien ou les bienfaits médiatiques des bouc-émissaires.

    Encore

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