
A regarder les gesticulations des différents partis politiques autour du débat sur la laïcité, l’on en arrive à douter que la France soit encore le pays de la raison. Nous surfons en plein délire sur les vagues de l’émotion, de l’irrationnel et du fantasmagorique. La classe politique et les journalistes sont en train de nous jouer un vaudeville que Labiche [1] n’aurait pas renié. Mais lorsque l’on prend le temps de regarder de plus près ce qui se déroule sous nos regards tétanisés, l’on se demande si la lucidité fait encore partie des qualités requises pour faire une carrière politique. Alors essayons, si vous le voulez bien d’analyser ensemble, ce charabia médiatique.
L’objectif du Chef de l’Etat était de réintroduire les églises dans les arcanes du pouvoir et revenir ainsi sur le principe de fond de la loi de séparation de 1905. Mais n’ignorant pas qu’une telle décision allait forcément provoquer une levée de boucliers, il lui fallait agir d’une manière détournée. Après s’être assuré du soutien de toutes les Eglises, il décida de prendre l’initiative d’ouvrir un débat polémique sur la laïcité en sachant que ses adversaires allaient le refermer aussitôt. C’est une constante chez lui, lorsqu’il veut éviter un débat, il l’ouvre !
La stratégie présidentielle est toujours la même. C’est une manipulation générale qui se décompose en 3 temps :
1. PROVOCATION et détournement de l’attention.
A la base se trouve toujours une provocation [2], dont le Président de la République a le secret et qui a toujours le même but : précipiter les partis de gauche dans l’indignation en les enfermant dans les méandres du politiquement correct. Pour la gauche, c’est un réflexe pavlovien qui se déclenche par l’association de certains mots comme identité/intégration, insécurité/musulman, laïcité/islam. Cette stratégie a pour conséquence de provoquer, ce que l’on appelle en psychologie, un « double-bind » ou « une double contrainte » qui s’exprime par l’association de deux contraintes qui s’opposent : l’obligation de chacune contenant une interdiction de l’autre, ce qui provoque une confusion paralysant le sujet. Pendant que la gauche s’indigne et s’étrangle sur le sens des mots, notre Président/PDG peut tranquillement passer à la phase deux de son plan : neutraliser son propre camp.
2. NEUTRALISATION les oppositions dans son propre camp.
Il Confie à Jean-François Copé l’organisation d’un débat sur la laïcité et l’islam qui aura pour conséquence la disqualification politique de ce dernier. En effet, Copé ne pourra pas s’en sortir dans la mesure où il se trouve coincé entre deux lignes de front, l’une à sa gauche et l’autre à sa droite. Il se retrouve totalement isolé sur une position intenable qui a pour objectif de paralyser toutes ses actions et accessoirement de le dé-crédibiliser pour quelques temps. Ayant amené les deux camps à se neutraliser réciproquement, le Président peut alors passer à la phase trois du plan, qui est en fait l’objectif à atteindre.
3. PROFITER DE LA CONFUSION pour faire passer le projet.
L’objectif était de ramener les religions dans l’espace public [3] en les réintégrant dans le débat politique. Nous savons depuis longtemps, que notre Président/PDG est un fervent admirateur des religions sur lesquelles il compte pour « ré enchanter la société ». Alors qu’il était encore ministre de l’intérieur, il a commencé un long travail de rapprochement de l’Etat et des principaux courants religieux et l’on est en droit de penser, qu’un accord a été passé pour leur permettre de réintégrer l’espace public, en échange, certainement d’un soutien collectif pour 2012 .
4. RÉSULTAT
Les religions sont de retour dans le débat politique , et nous venons d’assister à un viol public du principe de laïcité. Les 6 principales religions se sont unies pour former un lobby, la conférence des responsables de culte en France . Pour la première fois depuis 1905, les religieux viennent de prendre une position officielle dans un débat politique et personne ne s’en émeut, aucun arbitre n’est là pour siffler le hors jeu. Il faut dire qu’ils présentent leur intervention comme une défense de la laïcité, c’est imparable ! Mais nous sommes rassurés ! La laïcité est désormais défendue d’un côté par le Front National et de l’autre par les religions ! C’est formidable ! Si nous voulions enterrer définitivement le principe de laïcité c’est exactement comme cela qu’il fallait procéder. L’objectif présidentiel est atteint.
Pour notre Président/PDG, la fin justifie les moyens même si ces moyens s’apparentent à des méthodes d’aigrefin. Nous venons, quand même de nous faire souffler sous le nez, la laïcité française qui était la pépite de notre trésor national. Car, que nous le voulions ou non, la déclaration du CRCF [4] est un précédent qui marque la fin de notre modèle de laïcité et un basculement vers la laïcité de « reconnaissance » si chère à nos voisins européens. Alors merci à tout le monde ! D’abord merci Monsieur le Président de nous prendre pour des imbéciles, nous le méritons certainement, merci aussi au personnel politique de tous bords pour l’utilisation fallacieuse des mandats que nous vous avons confiés, merci enfin aux journalistes de faire leur travail d’information avec si peu de rigueur.
Nous venons d’assister à la mort, en direct, du marquage identitaire le plus original et le plus profond de la culture française. En fait, les français viennent de perdre, sans s’en rendre compte, leur liberté. Tout le monde, comme d’habitude, va se réveiller avec la gueule de bois. Mais c’est trop tard, la messe est dite !
La seule question qui reste est de savoir si, la période de deuil passée, les français seront capables de pardonner. Comptez sur nous, en temps voulu, pour leur rafraichir la mémoire.
Le Discriminologue
Pour en savoir plus lisez aussi notre article sur la « laïcité raisonnée ».
Le discriminologue

