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Connaissez-vous le contrat social ?

mercredi 6 juillet 2011

Dans un système démocratique, l’organisation de la Société passe nécessairement par l’exercice du droit de vote des citoyens. Au lendemain de la Révolution, la Société ne peut plus être perçue comme une masse informe, assujettie à un pouvoir arbitraire, mais comme une communauté d’individus responsables, compétente pour trancher les grandes orientations de la Société. Tous les citoyens peuvent alors se partager la souveraineté qui, autrefois, était centralisée entre les mains d’un seul homme : le roi ! Seulement, pour que cet état de « souveraineté partagée » puisse exister et s’organiser convenablement, il fallait que l’ensemble de la société adhère à un projet commun, un pacte entre le pouvoir et la Société, qui réunisse tous les sujets devenus des citoyens, autour d’un même idéal. C’est l’objet même, du contrat social, que propose Jean-Jacques Rousseau [1] et qui reste le texte fondateur de notre système institutionnel, donc de nos idéaux républicains.

De la volonté générale et l’adhésion du peuple au contrat social.

Nous avons vu, dans un précédent article à propos de la citoyenneté française, que la philosophie de Jean-Jacques Rousseau est à la base de notre tradition républicaine. A travers le concept fondamental de volonté générale à laquelle tout le monde doit adhérer, sans exception, Rousseau propose la dernière étape d’une réflexion sur le système démocratique entamée, il y a déjà, plusieurs siècles.

L’idée principale, qui émerge de cette pensée, est que les intérêts particuliers doivent se soustraire aux intérêts collectifs, dans le respect de la liberté et des différences de chacun. Seulement, pour que cela soit possible, il faut que les citoyens consentent à passer entre eux, un pacte dont les clauses garantiront à tous, la liberté et l’égalité. L’Homme à l’état de nature est libre [2] , selon Rousseau, cela lui permet d’instaurer un pouvoir arbitraire, notamment, en usant de la force. Pour contrecarrer ces potentiels abus par la force, les citoyens doivent abandonner leur liberté naturelle, pour obtenir une liberté conventionnelle, du fait du contrat. Il est alors possible d’envisager l’organisation de la Société et du « vivre ensemble » de façon sereine, en parfait accord entre tous les Hommes.

Cette organisation est régie par un pacte, accepté par tout un chacun, puisque celui-ci est dans l’intérêt de toutes les parties du contrat et donc, de tous les citoyens. L’adhésion au contrat social relève de l’abandon d’une liberté primaire, voire animale, pour accéder à un état de liberté supérieur. « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle, chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution » [3]

En effet, Rousseau souhaite un État de droits où la loi est au-dessus de tous les hommes sans exception, celle-ci devant être l’expression même, de la volonté générale, dictée par les citoyens. « Je dis donc que la souveraineté n’étant que l’exercice de la volonté générale ne peut jamais s’aliéner [4], et que le souverain, qui n’est qu’un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même : le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté »  [5] Le concept de volonté générale occupe une place centrale dans la pensée du philosophe genevois, mais aussi dans la conception du pouvoir et de la démocratie en France, à l’heure actuelle. Elle est la clef de voûte de la pensée révolutionnaire et donc, de notre système démocratique. Si les citoyens n’adhèrent pas au contrat social, l’organisation démocratique est rendue impossible. Si l’on n’adhère pas au contrat social, on refuse la volonté générale. Si l’on n’accepte pas de se soumettre à la volonté générale, le partage de la souveraineté entre chacun est compromis.

Cette culture d’une Société comme « un tout indivisible » [6] et unit par contrat, rend la France fondamentalement anti-communautariste. Le véritable problème qui se pose à nous aujourd’hui, peut être formulé de la manière suivante : « Comment regarde-t-on ceux qui n’adhèrent que partiellement, au contrat ou qui le refusent complètement ? »

Les tensions sociales et politiques du moment sont directement issues de ce constat. Il y a, et pas uniquement dans nos banlieues, une partie non négligeable de nos concitoyens qui, par méconnaissance ou par volonté, refuse totalement ou partiellement de jouer le jeu ! Le contrat social est, à lui seul, l’apport fraternel à l’équilibre républicain. Le simple fait qu’une partie de la population le refuse, rompt cet équilibre, indispensable au « vivre ensemble ».

Le Discriminologue


Pour en savoir plus sur le contrat social, consultez notre module de formation vidéo sur le modèle républicain

Notes

[1] Du contrat social, Jean-Jacques Rousseau édition 1762

[2] Il faut entendre par état de nature, comme étant en dehors de la Société. Rousseau et bon nombre de philosophes ont travaillé sur l’état de nature de l’homme, un état qui préexiste à sa sociabilisation et à l’organisation d’une forme de civilisation.

[3] Du contrat social, Jean-Jacques Rousseau édition 1762

[4] Elle est inséparable de son « sujet » qui est : tous

[5] Du contrat social, Jean-Jacques Rousseau édition 1762

[6] « La République est une et indivisible » Danton.

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