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Comparatif entre la citoyenneté anglaise et française.

jeudi 3 février 2011

Au lendemain de la Révolution française, le citoyen avait remplacé le sujet. Le monarque absolu laissait place à des représentants du peuple, élus par des citoyens et réunis en Assemblée nationale pour statuer sur les grandes orientations et les décisions politiques du pays. Ce changement radical n’a pas été sans embûche, et l’Histoire tumultueuse des révolutions françaises en témoigne. Cette partie de notre Histoire renversa l’absolutisme, pour laisser place à un nouveau système qu’il fallait inventer, grâce à l’intervention des citoyens. A l’inverse, la citoyenneté britannique s’est constituée sans violence, dans une logique de compromis entre la société et la monarchie, instaurant une monarchie parlementaire dans un système de démocratie représentative. Deux grands modèles de démocratie se sont exportés à travers le monde : le modèle anglais et le modèle français. Il nous a semblé intéressant de les comparer pour mieux en interpréter le rôle du citoyen.

Les grandes traditions intellectuelles qui façonnent différemment les deux modèles.

Bien que les deux régimes démocratiques, la République française et la monarchie parlementaire anglaise, semblent aspirer aux même idéaux de liberté et d’égalité, les conceptions de l’Etat, de la Constitution et donc de la citoyenneté n’en sont pas moins bien différentes. En effet, les deux démocraties se sont inspirées de deux grandes traditions intellectuelles différentes pour forger leurs systèmes : d’un côté, chez les Anglais, la séparation des pouvoirs théorisée par Montesquieu, ainsi que la morale libérale et communautariste d’Adam Smith, et d’un autre côté, l’idée de l’individu ne faisant qu’un, avec la Société selon la conception rousseauiste de volonté générale en France.

Le Modèle anglais des contres pouvoirs et du respect des groupes.

Plus précisément, la tradition libérale anglaise part du principe que la liberté des individus ne peut être entendue, que dans la prise en compte des intérêts des groupes, des corps et des communautés, qui constituent la société. Ainsi, elle reconnait et respecte tous les groupes particuliers, pour protéger le citoyen d’un éventuel retour à un pouvoir arbitraire. C’est au sein d’un groupe, d’une force sociale, que le citoyen anglais fait valoir ses intérêts et donc sa souveraineté.

La révolution anglaise de 1688, a vu naître une monarchie parlementaire dans une logique de compromis opérant une distinction entre société et gouvernement. Le roi n’est plus en relation directe avec ses sujets, pour diriger l’espace politique à lui seul. Il s’opère un transfert de pouvoir, le monarque se retrouve limité dans ses prises de décisions par un parlement, représentant le peuple et ses groupes sociaux particuliers, ses castes, ses corps, etc. Les citoyens anglais se regroupent selon leurs particularités et leurs intérêts particuliers. La démocratie anglaise a créé des contre pouvoirs, pour assurer le citoyen de sa protection, face à un pouvoir potentiellement arbitraire.

Dominique Schnapper nous éclaire à ce sujet : « La démocratie anglaise a gardé l’idée d’assurer la liberté, par la création de contre pouvoirs, issus de la représentation politique des principales forces sociales. Le pluralisme est perçu comme l’expression naturelle des libertés publiques. On est citoyen par l’appartenance à une communauté particulière. » [1] Les divers groupes défendant leurs propres intérêts finissent par représenter l’intérêt général.

Le modèle français de « volonté générale »

Cette forme de démocratie représentative anglaise s’oppose à la démocratie directe à la française. La France voit le peuple comme un grand tout unit, indivisible, une nation entière, une communauté de citoyens qui aspirent tous à un même idéal, en relation étroite et directe avec l’Etat. C’est pourquoi la France n’est pas communautariste, la seule communauté que la République française reconnait est celle de ses citoyens sans distinction particulière. « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »  [2]

La France du XIXe siècle et du XXe siècle a vu son Histoire jalonnée de renversement alternant entre des régimes démocratiques, des empires en passant par des retours aux monarchies. Malgré cela, la France garde une tradition dans la nomination d’une personne, au sommet de l’Etat, qu’il fut Président du conseil, Monarque ou bien Empereur. La France d’aujourd’hui, sous la Ve République, est encore fortement imprégnée de cette conception personnifiée du pouvoir. Les citoyens français élisent parmi eux, un Président de la République, au suffrage universel direct, qui incarne la République et le peuple français à lui seul. Cet état de fait instaure un rapport de proximité, entre le Président et ses concitoyens, un axe direct de communication qui se matérialise notamment dans le cadre du référendum ou du processus de l’élection présidentielle qui reste l’événement qui déchaine le plus, les passions du peuple français.

A l’inverse de l’Ancien Régime où les sujets étaient contraints à la passivité, la démocratie permet au citoyen d’exprimer individuellement sa souveraineté. L’adoption du suffrage universel, à partir de 1848, accentue cette notion de souveraineté du peuple dans une démocratie directe, entre l’Etat et le citoyen, selon les souhaits du Philosophe Jean Jacques Rousseau. En France, la démocratie s’est imposée brutalement et la conception rousseauiste de la citoyenneté, comme expression de la volonté générale, impose qu’il n’y a aucun intermédiaire entre le citoyen et le pouvoir : « Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » [3]

La mondialisation est en train de créer une uniformisation de la citoyenneté, à partir de la conception anglo-saxonne. Cela veut-il dire que le modèle français est obsolète ? Devons-nous l’abandonner pour adopter un modèle qui se dessine comme étant la référence mondiale ? Alors même, que l’on nous dit que les tensions sociales n’ont jamais été aussi fortes, dans les pays qui fonctionnent sur le modèle anglais ! Une grande partie de nos élites semble se positionner pour l’abandon de notre idéal républicain. Nous reviendrons sur ce sujet dans les semaines à venir.

Pour en savoir plus sur la citoyenneté consultez notre article de rappel sur les droits et les devoirs du citoyen.

Notes

[1] Qu’est-ce que la citoyenneté ? , Dominique SCHNAPPER, Gallimard, 310p.

[2] Art 1 de la Constitution du 4 octobre 1958

[3] Article 2 de la constitution du 4 octobre 1958

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