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Chauds les marrons !

mercredi 15 décembre 2010

Nous sommes depuis très longtemps habitués à nous faire trainer dans la boue par toute une clique de pseudo intellectuels, bien-pensants et donneurs de leçons. Ils nous infligent leurs sentences moralisatrices et nous désignent comme un condensé de ce qui se fait de plus abject et de plus infâme sur cette planète. La porte-parole des indigènes de la République nous appelle les « sous chiens », Noel Mamere affirme, à la tribune de l’Assemblée Nationale que notre culture est « moisie » et que « la France pue », le Président du CRAN, dont personne n’a retenu le nom, nous désigne comme un peuple profondément raciste. Certains, qui se prétendent humoristes, ont pris le relais, en remplaçant l’humour par la haine, le bon mot par l’injure.

Des amis qui nous veulent du bien

Des associations guettent le moindre écart de langage qui pourrait prouver notre xénophobie collective n’hésitant pas à traduire en justice le moindre mot suspect, nous enjoignant ainsi de réformer la langue française pour en extraire les expressions « méprisables ». Certains hommes politiques, par manque de courage et par peur de perdre une partie de leur électorat, se joignent à la meute des loups pour cracher sur notre histoire et notre culture tout en nous donnant de perpétuelles leçons de vivre ensemble. Et cela fait 30 ans que ça dure…

Les excuses ne suffisent pas

Pourtant, le Président Chirac a demandé pardon à tout le monde : aux noirs pour les traites triangulaires, aux « indigènes » pour la colonisation, rien n’y a fait ! Nous avons inventé l’Aide médicale d’État (AME) pour prouver notre humanité. Nous avons changé nos lois pour protéger les homosexuels iraniens et égyptiens, en pure perte ! Nous avons financé sur des fonds publics des films qui racontaient nos pires excès [1], cela n’a rien changé. L’état a mis en place des dispositifs juridiques de lutte contre les discriminations suivi par 2500 entreprises qui ont signé la charte de la diversité. Ce n’est pas suffisant, nous restons pour certains militants antiracistes les « pires salauds de l’histoire ».

Trop c’est trop !

Dans le registre « je hais la France », le seuil de tolérance vient d’être allégrement franchi par Rokhaya DIALLO [2] qui a affirmé lors de l’émission « on refait le monde » sur RTL, le 27 octobre dernier : « Ce que dit Ben Laden n’est pas faux, et on lui donne des arguments pour nous menacer ! ». Ben Laden avait, dans une récente déclaration à la chaine de télévision Al Jazira, menacé la France, en réponse à l’oppression subie par les musulmanes dans notre pays . L’on croit rêver ou plutôt l’on se pince !

Si ce que Ben Laden a dit n’est pas faux, c’est que les futurs attentats, s’il y en avait, seraient mérités. Madame Diallo sous entent-elle que ce serait bien fait pour nous ? Peut-on aller plus loin dans la haine de soi-même et dans la haine des autres ? Jusqu’où allons-nous cautionner ces porte-voix de la rancune, qui nous jette à la figure leurs ressentiments, leur totalitarisme et leurs intransigeances ?

C’est trop, beaucoup trop, et nos compatriotes, las d’être mortifiés, sont sujet à une exaspération qui les rend réceptifs aux pires amalgames [3]. Madame Diallo et consorts n’y verront, bien entendu, que la manifestation de ce racisme crasse dont ils pourchassent inlassablement les symptômes.

Il devient urgent que l’on tourne la page.

Mais pour cela, il faudrait, d’une part, que nos dirigeants aient le courage de reconnaitre que « l’identité de la France existe, […], n’excluant personne, mais plus solide et mieux encrée qu’on ne l’imagine dans les palais de la République ou sur la rive gauche de la Seine. Les français n’ont pas envie qu’elle agonise ni qu’on l’escamote dans des abstractions fumeuses. Ils ne sont pas plus xénophobes que les autres peuples de la terre – ils le seraient plutôt moins, si l’on cessait de les prendre de haut » [4].

Est-il nécessaire de rappeler que l’article 1er de la constitution de 1958 précise que « La France est une république indivisible, démocratique, laïque et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Prétendre que ce n’est pas le cas, relève de l’imposture intellectuelle, même si tout le monde est conscient qu’il reste du chemin à parcourir dans le combat contre les préjugés et les représentations. Sur ce point, les organisations antiracistes devraient prendre conscience que la lutte ne peut reposer que sur les principes fondamentaux et de ce fait condamner toutes les postures racistes quelque soit le groupe social [5] qui s’en rend coupable.

Il faudrait, d’autre part, que les journalistes arrêtent de donner la parole à ces boutes feu revanchards [6] qui sont aujourd’hui omniprésents dans tous les médias, à seule fin d’y répandre le vitriol de leurs amertumes en nous faisant croire que les enfants de victimes sont également des victimes. Les discriminations qu’ils subissent sont indéniables mais la cause en est plus leur appartenance à la classe ouvrière que leurs origines.

Enfin, tant que certains membres du personnel politique continueront à instrumentaliser le combat antiraciste pour gagner les élections, il sera difficile de réfléchir tous ensemble, à définir un nouveau cadre de référence pour le « vivre ensemble ». Dans la lutte qui est engagée pour la dignité des citoyens, il est important de rappeler qu’il n’y a pas les pauvres victimes d’un côté et les salauds de racistes et de discriminants de l’autre. Nous sommes tous potentiellement et alternativement victime/coupable. Nos préjugés en sont la cause fondamentale et nous devons travailler sur nos perceptions individuelles et collectives si nous voulons aboutir à des changements profonds.

Le Discriminologue

Notes

[1] Le film « Indigènes » cofinancé par l’Acse – commission images de la diversité

[2] Présidente des Indivisibles

[3] Denis Tillinac – Le Figaro Magazine du 29 octobre 2010

[4] IDEM

[5] Un groupe social est un groupe dont les contours ne sont pas définis mais avec lequel l’on se sent, individuellement solidaire. Exemple, le groupe des femmes, celui des trentenaires, les groupes ethniques, les LGBT, les religions etc…

[6] Tous membres de cette nouvelle bourgeoisie que certains appelle la « beurgeoisie ». Ils ont bénéficié de l’ascenseur social républicain tout en affirmant qu’il est en panne…

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